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Depuis quelques jours un débat fait rage en Chine : Quid du Starbucks Coffee de la Cité Interdite à Pekin ?!? Le présentateur vedette de la CCTV, chaine de télévision officielle chinoise, Rui Changgang a lancé le débat sur son blog personnel en écrivant que " ce symbole de la nourriture occidentale était une insulte pour la civilisation chinoise".
Rui CHANGGANG
Depuis c'est un déferlement de commentaires qui arrivent tous les jours et le débat fait rage. Loin de s'en prendre à la chaine de "restauration" en elle même, Rui Changgang précise qu'il considère l'idée même de cette installation au sein de la Cité Interdite comme " une contamination pour la culture chinoise" (installation effective depuis 2000)
Selon le porte parole de la Cité Interdite, sur les dix millions de personnes qui visitent chaque année le monument, 1,6 millions sont étrangères mais beaucoup de clients sont chinois.
Un autre café est installé dans la Cité interdite mais n'attire jamais de commentaires . "Normal, on ne dit pas qu'il ne faut pas un endroit pour boire et manger dans la Cité interdite, on dit juste qu'on ne veut pas d'Américains ici..." explique un guide, qui systématiquement contourne le Starbuck.
Cette polémique (dont je me garderais bien de juger le fond: présence ou non d'une chaine de restauration au milieu de ce site historique) m'a fait me rappeler cet article d'octobre 2006 publié dans le journal Libération concernant le "nettoyage" de la capitale en prévision des Jeux Olympiques de 2008 dans la capitale chinoise. Doit-on y voir un rapprochement dans ce déferlement de commentaires concernant la présence de ce café dans les murs de la Cité Interdite ? Lisez cet article et faite vous votre propre avis...
Pékin fait place nette avant les JO
Les écoles pour enfants de migrants sont fermées pour dissuader les parents de rester.
La municipalité de Pékin envisagerait de chasser, ou plus exactement de «renvoyer chez eux», plus d'1 million de travailleurs migrants de la capitale avant les JO de 2008. Le journal Beijing News évoque un vaste «plan d'assainissement», englobant fermetures d'usines, restrictions sur la circulation automobile et mise à l'écart des indésirables, mendiants, prostitués, malades mentaux ou chômeurs. Une fois les rubans de chantiers coupés, plus de mingong , ces ouvriers dépenaillés, les 22 000 étrangers accrédités pour les Jeux ne devront voir qu'une vitrine impeccable, plantée de verdure et hérissée d'immeubles high-tech. Une immense expulsion de mingong ? Les autorités minimisent. «Ce ne sont que des propositions d'experts», proteste Zhou Jidong, responsable de la municipalité cité par l'agence Chine nouvelle.
Déjà, la dissuasion est en marche. L'école, obligatoire en Chine, est un moyen d'exclusion efficace. Un récent rapport de Human Rights Watch affirme que Pékin, depuis la rentrée de septembre, a fermé plus de 50 écoles d'enfants de migrants sur les 239 recensés dans la capitale. «Toutes vont fermer», affirme l'organisation, qui s'inquiète pour 90 000 enfants, sur les 370 000 écoliers migrants : «L'objectif est de décourager les migrants de rester à Pékin.» La raison invoquée est l'insalubrité et la dangerosité des bâtiments.
Huit yuans de l'heure.
A la périphérie de la ville, là où les immeubles rattrapent les villages, les paysans, qui jouent eux aussi leur survie, louent à de plus pauvres qu'eux des pièces minuscules pour 200 yuans (20 euros) par mois. Yue, la trentaine, vient d'arriver du Henan avec son mari et son fils de 8 ans. Ils ont atterri dans un hameau aux ruelles défoncées, cerné par des buildings. Des vieux trient le grain, accroupis sur la chaussée, des charrettes à cheval ramassent les ordures. A moins d'un kilomètre, dans les embouteillages du district de Chaoyang, vient d'ouvrir un centre commercial, dix étages de verre, avec un Starbuck Coffee, une parfumerie Sephora et un centre de fitness. Le mari de Yue gagne 1 200 yuans par mois sur les chantiers, elle est femme de ménage dans les bureaux la nuit, pour 8 yuans de l'heure, moins de la moitié du prix d'un café au Starbuck. Ils envoient la moitié de leurs salaires au village.
A la rentrée, Yue a voulu inscrire son fils à l'école publique. On lui a réclamé sa carte de résidence et un certificat prouvant qu'elle n'avait plus de famille pour s'occuper de lui à la campagne, qu'elle a été incapable de fournir. Comme toutes ses voisines, elle s'est rabattue sur l'école des mingong , à deux rues de son taudis minuscule et sans fenêtre. L'école de 1 000 élèves, est dirigée par un professeur retraité qui gère des classes de 50 ou 60 élèves du primaire au collège. Ce sont les cotisations des parents, 1 200 yuans par an, qui assurent le budget de l'école, dans de vieux bâtiments à peine chauffés qui sentent l'urine. La porte est verrouillée : «Ne parlez pas de nous, supplie la directrice adjointe, professeure à la retraite elle aussi, nous sommes dans une situation délicate. Les autorités nous tolèrent. Au moindre faux pas, on nous fera fermer.» A l'autre bout de la ville, à 25 km de la place Tiananmen, Ying Hai est un gros bourg surpeuplé. Ici, on compte 5 000 enfants de migrants pour 1 300 élèves locaux et quatre écoles de migrants ont déjà été fermées depuis le début septembre. Dans les autres, l'effectif des classes est passé à 90 élèves, selon les parents d'élèves.
Chen Yongming, 43 ans, est un migrant qui a réussi. En quelques années, cet ancien instituteur du Henan avait monté un petit supermarché qui tournait bien et fait venir sa famille. Le problème de l'école s'est posé. Chen a alors décidé d'investir ses économies dans la construction d'un bâtiment de deux étages, une école. En toute illégalité, comme c'est la règle. On l'a laissé faire. Le bâtiment, prévu pour 700 élèves, a été achevé au printemps 2005, l'école a ouvert avec une équipe de 26 enseignants sous-payés. L'été dernier, à quelques semaines de la deuxième rentrée scolaire, le couperet est tombé : fermeture pour insalubrité. «J'ai fait un contre-rapport, qui a été approuvé, mais qui n'a eu aucune suite , raconte le directeur. Le jour de la rentrée, des gardes ont empêché les élèves d'entrer.» La télévision, qui s'en tient à la version officielle, a filmé des parents traînés par terre par les policiers. Depuis, Chen remue ciel et terre : «On ne me dit même plus que mon école est en mauvais état, mais qu'elle est illégale, alors qu'on m'a approuvé, à l'époque. La vérité, c'est qu'on veut éliminer toutes les écoles de migrants.» Beaucoup de parents, effrayés, ont inscrit leurs enfants dans les autres écoles de la ville, dont une qui borde le canal aux égouts, de bien pire aspect que celle de Chen Yongming.
Fonctionnaires indifférents.
Selon les services scolaires, tous les élèves auraient été recasés «pour leur bien» dans les écoles publiques. Monsieur Wang, fonctionnaire en charge du dossier, affirme que les mingong ne posent «aucun problème» à Ying Hai. «Moins de 50 élèves ont été repris dans le public, proteste Chen Yongming, les autres sont partis dans des écoles bien pires que la mienne, et beaucoup plus loin de chez eux.» Une centaine de parents tiennent tête depuis un mois. L'école maudite, baptisée «pilote» a sa création, ouvre chaque matin sous haute surveillance. Chen, qui ne gagne plus un sou, continue de se battre, traînant son dossier d'administration en administration, devant des fonctionnaires indifférents. Une centaine d'enfants de mingong , à l'échelle de la Chine, pas de quoi user son stylo. Les experts aviseront.
Pascale NIVELLE
Libération, Jeudi 12 octobre 2006
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